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Comment est-ce que les PME/PMI ont survécu la Covid-19 au Bénin ?

Par Yacine Bio Tchané, Economiste et Gérante du cabinet T-Ventures [1]

Le Bénin s’est distingué de la plupart des pays de l’Union Economique Monétaire des Etats de l’Afrique de l’Ouest dont il est membre par sa gestion de la pandémie qui s’est voulue plus adaptée aux réalités d’économies largement informelles où les populations vivent au jour le jour et ne peuvent pas se permettre d’être privées de poursuivre les activités générant leur gagne-pain. Aussi, le pays a maintenu ses frontières terrestres et aériennes ouvertes afin de continuer à desservir les pays enclavés et à continuer d’échanger avec le reste du monde.

Depuis mars 2020, le cabinet T-Ventures documente les effets de la crise sur les PME/PMI au Bénin, et plus précisément dans la capitale économique Cotonou. Outre les difficultés encourues par les entreprises qui luttent pour leur survie, l’étude met également en exergue la résilience et la capacité d’innovation dont ont fait preuve ces entreprises. La présente étude de cas suit l’évolution de 78 entreprises dans 10 secteurs d’activité entre avril et décembre 2020.

Qui sont ces entreprises ?

Les entreprises ayant participé au sondage d’avril et de décembre 2020 sont majoritairement des établissements ayant moins une année d’existence et opérant dans les secteurs listés dans la figure N°3.

Figure 1 : Répartition des entreprises enquêtées suivant leur statut

Figure 2 : Répartition des entreprises enquêtées suivant leurs années d’expérience

Figure 3 : Répartition des entreprises enquêtées suivant leur secteur d’activité

Comment ont-elles subi la crise ?

La pandémie de Covid-19 a principalement entraîné une baisse de clientèle et de fréquentation pour les PME/PMI et cela bien qu’on note une forme de reprise des prestations et d’évènements en décembre par rapport à avril. En effet, ce contraste peut s’expliquer par le fait que le pouvoir d’achat des populations ayant été affecté par la crise, le niveau de consommation a baissé de manière générale. Par contre, la reprise des évènements de l’Etat et de plusieurs prestations notamment en fin d’année redynamise les activités des entrepreneurs et PME/PMI. La difficulté d’importer reste moindre mais elle ne s’est guère améliorée dans le temps. Cependant, les unités industrielles sont plus actives qu’en début de crise.

Figure 4 : Impact de la pandémie Covid-19 sur les activités des PME/PMI

Ainsi, le chiffre d’affaires s’est amélioré pour les entreprises qui avaient initialement subi une réduction de moins de 50% de leur chiffre d’affaires. En revanche, la proportion de celles qui ont perdu plus de 50% de leur chiffre d’affaires a augmenté. 

Figure 5 : Impact de la pandémie Covid-19 sur le chiffre d’affaires des PME/PMI

Il ressort que 41% des entreprises intervenant dans les services et le commerce estime que leur situation a empiré depuis le début de la crise ; tandis que près du tiers (31%) dans les commerces et les télécommunications/le numérique perçoit une amélioration. Les entreprises ayant fermé viennent des industries et des services.

Figure 6 : Impact de la pandémie Covid-19 par rapport au début (Mars/Avril 2020)

Que font les entreprises pour survivre ?

A l’entame de la crise, un vent de panique a soufflé de telle sorte que les PME/PMI qu’elles ont mis un gel sur tout investissement, recrutement et ont adopté une posture d’observateur pour voir comment les évènements se dérouleraient. Toutefois, elles ont progressivement mis en place des mesures de fidélisation de la clientèle (réduction de prix, promotion, gratuité de services et vente en ligne), de sécurisation de leur trésorerie (recouvrement de créances par exemple, échelonnement de paiements) et de diversification de leurs produits et services.

Il y a lieu de noter que le plus grand sacrifice qui a été consenti par les entreprises est au niveau des employés qui ont dû être licenciés ou mis au chômage partiel/technique. Cela entraînera sans doute des répercussions sur le taux de chômage ainsi que le pouvoir d’achat des populations non seulement pour les sans-emplois mais également pour ceux donc le chiffre d’affaires de l’entreprise est en baisse.

Par ailleurs, l’autre fait notoire est une plus grande utilisation du numérique par les entreprises avec notamment le marketing digital et le e-commerce ou les ventes en ligne (y compris via Whatsapp).

Figure 7 : Mesure la plus drastique pour assurer la survie de l’entreprise

Figure 8 : Priorités pour assurer la pérennité de l’entreprise

Enfin, bien qu’en avril 44% des entreprises pensaient ne pas pouvoir rester ouvertes un mois supplémentaire faute de moyens, elles ne sont que 17% à le penser en décembre. Notons que pendant la période, 3% seulement ont officiellement fermé leurs portes. Cela signifie que non seulement ces entreprises ont pris les mesures nécessaires pour se maintenir à flot mais également qu’elles ont confiance en la reprise économique.

Ces entreprises ont-elles bénéficié d’assistance ?

Sur le plan économique, le gouvernement a adopté en juin puis août 2020 une mesure d’assistance en fonction de chaque secteur d’activités et d’une estimation des manques à gagner engendrés. Il a ainsi mis en place un plan d’assistance varié incluant d’une part des prises en charges de charges fixes (factures d’électricité, loyers, salaires, etc.) et des exonérations fiscales (TVA, TVM, etc.) ; et d’autre part la facilitation d’accès à des crédits à taux préférentiels pour les entrepreneurs et les agricoles. L’octroi de l’aide s’est effectué directement par l’Etat à un quota d’entreprises éligibles pour les exonérations, à la demande des entreprises notamment dans les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration, du voyage et des transports par la soumission d’un formulaire, et individuellement pour les crédits auprès des banques et des institutions.

En avril, 83% des entreprises avaient manifesté un besoin d’une assistance de l’Etat principalement sous la forme de (i) paiement en espèces afin de disposer d’un fonds de roulement ou de capital pour diversifier leurs activités, (ii) moratoire sur les obligations fiscales ou de la CNSS, et (iii) paiement des arriérés dus par l’Etat. Parmi les 9 entreprises (sur les 78 enquêtées) intervenant dans les secteurs de l’hôtellerie, la restauration, les voyages et le transport, 8 d’entre elles avaient manifesté leur besoin pour une assistance de l’Etat, cependant seules 5 d’entre elles ont rempli le formulaire de demande d’assistance notamment parce que les 3 autres n’avaient pas connaissance dudit formulaire ou ont fait preuve de négligence, et une seule a reçu une assistance sous forme d’un virement par l’Etat.

Au niveau des institutions financières, en avril, 18% des entreprises avaient un crédit en place dont 65% étaient en mesure de payer leurs mensualités régulièrement. Cependant, malgré les mesures prises par la Banque centrale permettant aux institutions financières de reporter les échéances de paiement d’au moins 3 mois, aucune de ces entreprises n’a bénéficié de cette mesure pour la simple raison qu’elles n’ont pas été informé d’une telle facilité par leurs institutions financières.

Par ailleurs, malgré l’annonce en juin puis août de facilitation par l’Etat de mise en place de crédits à des taux préférentiels par les institutions financières aux PME, en décembre, seules 16% des entreprises avaient demandé un crédit auprès d’une institution financière afin de s’approvisionner en matières premières (42%), acquérir des équipements (25%), exécuter des marchés (16%), et fonds de roulement (16%).

Les relations entre les institutions financières et les PME/PMI restent difficiles avec d’une part les PME/PMI qui ne croient pas aux crédits auprès de ces institutions (faible taux de demande malgré les taux préférentiels) et d’autre part la perception que les institutions financières, notamment les banques, ne sont pas au service des PME/PMI et n’ont pas leurs intérêts en vue.

Quelles sont les perspectives pour ces entreprises ?

Le Bénin reste un peuple optimiste et avec l’annonce par le gouvernement d’une reprise économique grâce à une croissance de 6%, les PME/PMI sont également pour la plupart confiantes en cette reprise. En effet, la moitié d’entre elles affirme que leurs activités vont prendre de l’ampleur très prochainement dont 9% confirme bénéficier de cette reprise. Toutefois, près du tiers (32%) reste prudente et ne pense pas encore voir le bout du tunnel.

La reprise se fera par les efforts en tandem de l’Etat qui doit stimuler les secteurs les plus stratégiques de l’économie, favoriser la consommation et réalisation locales et réduire les délais de paiement aux prestataires ; quant aux PME/PMI, la crise a mis l’accent sur les pratiques de bonne gestion financière, la capacité de diversifier ses activités et d’innover, et l’utilisation du numérique comme levier de développement. 

[1] T-Ventures est un cabinet d’études et de sondages, de stratégie-conseil, d’investissement et d’accompagnement en Afrique francophone créé en 2017. Sa vision est de concevoir la finance et la gestion autrement avec des produits et services adaptés à différentes cibles en phase avec les avancées technologiques.

 

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